18.02.2010
Sauver l’Occident de ses démons
par Léon Rozenbaum
Rien de tel pour rendre compte des problèmes contemporains de l’Occident chrétien qui demeure la part dominante de l’Humanité, que de s’efforcer d’entreprendre une réflexion sur l’exil.
L’âme est en exil dans ce monde-ci qui est le monde des corps et de la matière. Depuis toujours, l’homme qui réfléchit sur sa destinée, c’est-à dire, en dernière analyse, tout homme, aspire à un au-delà plus beau, plus pur, plus juste. Chaque culture a cherché à donner un nom à cet autre monde comme à cette part de l’Homme vers lequel il tend.
Pendant un très long temps de l’Histoire des hommes, les peuples s’éprouvaient enracinés dans le paysage de leur contrée et de leur ethnie. Or, depuis l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler : « la modernité » et de plus en plus avec le développement massif des échanges et des mouvements de populations, beaucoup de cultures et des peuples s’éprouvent déracinés au cœur même de leurs patries. Cela est vrai aujourd’hui y compris pour les cultures dominantes et, entre autres, pour les peuples de l’Europe occidentale et celui des Etats-Unis d’Amérique.
Il se trouve qu’un petit peuple trimillénaire, le Peuple d’Israël a connu l’exil le plus long de l’Histoire des hommes. Pendant deux mille ans, il a vécu en exil de sa modeste patrie et ne l’a partiellement retrouvée qu’après une quête et une attente sans précédent. Autant dire que pour les Juifs, apprendre à faire face à l’exil sans sombrer dans le désespoir, est devenu comme une part de leur être.
Tout se passe comme si les peuples en exil de leur propre personnalité collective interrogeaient aujourd’hui Israël pour lui demander son secret : « comment avez-vous tenu ? Et par quelle audace avez-vous réussi à vous rétablir dans votre patrie historique à l’heure précisément où nous nous éprouvons dépossédés de la nôtre ?»
Cette interrogation se fait rarement de manière affable. Elle ressemble de plus en plus à une mise en demeure. Elle s’exprime le plus souvent dans l’agressivité, la médisance et la calomnie. C’est là, semble-t-il, la véritable explication de l’incroyable isolement d’Israël dans le monde, qui s’accentue de jour en jour.
Il semble que le peuple Juif ne doive pas se dérober devant ce défi. Il faudrait répondre à cet appel, même adressé avec tant de maladresse et d’hostilité. Il faudrait raconter comment Israël a pénétré toutes les cultures sans jamais perdre la sienne, pourquoi il est resté étranger aux enjeux de pouvoir autres que ceux nécessaires à sa survie, comment il a communiqué d’un exil à l’autre et d’un siècle à l’autre et comment il a sauvegardé ces monuments d’humanité que sont la Bible hébraïque et le Talmud.
Il faut dire aux Occidentaux que face à l’assaut de l’Islam, leur disparition n’est pas inéluctable. Nul besoin de se soumettre ni de se démettre. Faire semblant de croire à la culpabilité d’Israël quoiqu’il fasse, riposte, dise ou s’abstienne, pour plaire à la force montante de l’Islam dans leurs propres pays est d’abord une trahison d’eux-mêmes, de leurs valeurs muries par l’histoire de l’Occident. Ni le colonialisme ni même la Shoa, dont certes, il faut prendre acte pour en bannir à tout jamais la tentation, ne sont des malédictions inexpiables qui sonneraient la fin de leur monde.
Ils doivent relever la tête vers le ciel, croire en leur avenir, faire naître des enfants, et assigner à l’Islam les limites qu’il ne devrait pas dépasser. Quel est donc le secret d’Israël ? Il s’est donné pour constitution la morale elle-même. Sans recommander pour l’Occident une entreprise si ambitieuse, ce qui est nécessaire pour cette civilisation, c’est un retour aux valeurs morales, une renonciation aux faux humanismes, aux soi-disant « droits humains » si sélectifs, à l’écologie doctrinaire et catastrophiste, à la confusion entre l’ « être » et le «paraitre ».
La liberté de l'Homme n'est pas un blasphème comme trop de Musulmans ont tendance à le croire, mais l'Homme n'est pas le nombril du monde comme trop d'Occidentaux ont pour leur part cédé à ce mirage venu de Grèce. La vision qu'Israël propose est celle d'une liberté humaine voulue par le Créateur.
Comme l'exil des Juifs a pris fin, l'exil des âmes prendra fin. Tout homme peut avoir un fils Juif. Rien n'est donc plus éloigné des valeurs hébraïques que le racisme. Vouloir maintenir sa personnalité nationale et religieuse est non seulement légitime, c'est aussi la condition pour éviter l'égarement, le tohu-bohu et le sentiment d'être en exil chez soi. Israël connaît cela par cœur. Il saura transmettre cette leçon d'espérance à un Occident à la dérive.
Léon ROZENBAUM
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