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22.12.2009
Jérusalem, Israël, Jésus et Ismaël
par Léon Rozenbaum

L'antériorité des droits d'Israël sur Jérusalem, en tant qu'Etat , en tant que Nation, et en tant que foi incarnée dans un peuple, par rapport à toute autre culture ou civilisation humaine contemporaine ne saurait être mise en doute de bonne foi.

Personne en Israël ne songe à nier les liens créés au long des siècles entre les Chrétiens et Jérusalem ni les liens créés entre les Musulmans et Jérusalem. Mais alors que la résurrection de la souveraineté juive dans sa patrie, après dix-neuf siècles d'éclipse, dépasse soixante années, il est temps de mettre les choses au point.

Les tentatives de la propagande arabe, largement relayée depuis vingt ans par les Occidentaux, de faire commencer l'Histoire du Proche-Orient vers 1880 ne sauraient perdurer. Ce point de départ arbitraire correspond, comme par hasard, à l'un des moments où la présence des Juifs dans leur patrie historique était la plus faible, du fait des massacres, des persécutions et de la pression économique et religieuse.

Une variante de cette approche, plus grossièrement orientée encore, consiste à prétendre que les Jébuséens, peuplade qui habitait la contrée avant la conquête de Jérusalem par le roi David, selon le récit biblique, seraient des "Arabes". L'inanité de cette prétention ferait rire tout archéologue ou scientifique qui se respecte, si tant d'absurdités ne devenaient pas, ces temps-ci, "objectivité historique".

La complexité des problèmes politiques au Proche-Orient et les questions de souveraineté surtout à propos de Jérusalem, sont liées directement aux ambiguïtés des relations de civilisation, à fondement théologique, entre le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam.

Toute avancée vers une solution acceptable pour tous devrait donc prendre en compte tous les aspects des conflits qui se cristallisent autour de Jérusalem. Les arrangements politiques ne peuvent faire l'économie de mises au point historiques et théologiques malgré leur complexité. Par ailleurs aucune partie ne peut continuer à ignorer le champ du réel sur le terrain, comme c'est bien trop souvent le cas.

Le Judaïsme est antérieur de plus de quinze siècles au Christianisme qui lui-même précède l'Islam de six siècles et demi. Cela signifie d'abord que Jérusalem était la capitale politique, artistique, commerciale et religieuse du peuple d'Israël en un temps où Paris, Londres , Berlin, Washington, Moscou, le Caire et Tripoli de Lybie n'étaient au mieux que de petites bourgades, de modestes oasis ou un simple coin de forêt perdue...La conscience historique de l’humanité prise comme un ensemble devrait rendre plus souvent évident le caractère relatif des avancées et des reculs de civilisation.



Les épisodes où les peuples vaincus militairement ont été massacrés ou assimilés pour disparaître en tant que réalité collective vivante abondent dans l'Histoire des hommes. Par contre les exemples de peuples qui ont survécu par devers et contre tout, aux vexations, aux tribulations, aux persécutions, aux exils et aux massacres ne sont pas si nombreux que les contemporains ne puissent, et même ne doivent reconnaître que la fidélité du peuple d'Israël à son héritage spirituel et à sa terre est, en soi, génératrice de droits.

Jules Isaac a bien montré, il y a une trentaine d'années, comment l'enseignement du mépris de l'Eglise à l'encontre du peuple Juif avait pour source la tentative d'usurpation d'identité opérée par une Chrétienté qui s'était pendant des siècles autoproclamée "le véritable Israël".
Si l'on va au fond des choses, le Christianisme en tant que tentative de synchrétisme entre la foi d'Israël et le culture grécquo-latine, avec son thème de "Dieu fait homme", place en réalité l'Homme au centre de la création , le Créateur n'étant plus qu'une superstructure. Il s'agit bien d'un abandon des valeurs originales du monothéisme hébreu mais qui refuse de se reconnaître comme tel.
Cette ambiguité fondamentale est à la base même de la civilisation occidentale et lance ses tentacules jusque dans la société moderne laïcisée où le refoulé est encore plus violent, situation qui explique l'antisémitisme (qui est la haine des Juifs et non pas des Sémites) des temps modernes.

La Choa, le massacre sélectif de masse d'un tiers du peuple Juif en Europe entre 1939 et 1945 apparait de plus en plus comme la catastrophe morale la plus effrayante de l'Histoire. Un demi-siècle après, elle désorganise la pensée occidentale en mettant à jour des responsabilités si mal assumées des différents peuples européens et génère une implosion de civilisation et un effondrement des valeurs sans précédent qui, aux approches de l'an Deux Mil, viennent compliquer encore le face à face fraternel indispensable avec le peuple d'Israël .Une sorte de “remake” honteux de la grand peur de l’an Mil fait souhaiter de facon parfaitement irrationnelle, à de trop nombreux Chrétiens, que le tombeau du Christ ne soit plus contrôlé par les Juifs pour l’an 2000. Cette peur-impatience inavouée est génératrice de tensions inutiles.

La civilisation islamique procède elle aussi des sources bibliques et midrachiques du peuple d'Israël. Mahomet s'est d'ailleurs cru lui-même, un temps, un Prophète de la tradition biblique. Ce n'est que lorsque les Juifs de Médine lui signifièrent qu'il n'en était rien, qu'il en conçut une déception immense qui se transforma en haine farouche. Le Coran n'hésite pas, pour sa part, à altérer le récit biblique partout où ces modifications parurent au fondateur de la nouvelle religion de nature à faire jouer le beau rôle aux archétypes islamiques.
L'Islam entend soumettre le monde à la volonté de Dieu. Cette intention louable en elle-même, a pour double conséquence d'écraser l'Homme devant Dieu, la liberté de l'Homme devenant sacrilège, avec des conséquences dramatiques au plan politique dans les pays de la sphère islamique, et de considérer que l'Islam a non seulement le droit mais même le devoir de soumettre le monde à sa loi. Les deux exceptions notables des Juifs et des Chrétiens qui ont le droit de survivre dans la vision islamique sont à la condition expresse que leur humiliation soit soigneusement codifiée et appliquée. Là encore se trouve ancrée à la racine même de la civilisation islamique une ambiguité fondamentale à l'égard du peuple et de la civilisation d'Israël, génératrice d' une hostilité anti-juive qui semble inexpiable. La reconnaisance formelle par le Coran de la propriété de la Terre d'Israël au peuple d'Israël, qui pourrait servir de base théorique à une paix authentique, est généralement férocement occultée.

Nous vivons les temps dangereux où l'Occident chrétien et l'Islam convergent pour contester au peuple d'Israël son Livre, son Pays et sa Ville.

En outre, la Diaspora juive , celle qui, un demi-siècle après, n'a pas encore rallié l'Etat juif souverain, s'interroge sur son devenir et son identité. Ses atermoiements identitaires en font une proie facile pour participer de toutes les menaces et les manipulations contre la souveraineté juive recouvrée, dont l'Occident et l'Islam sont si prodigues.

Bien plus, une frange entière de la société israélienne elle-même, s'est mise à considérer que l'Etat d'Israël moderne n'a pas à assumer la destinée du peuple Juif et entend couper son pays de toute référence au passé hébraïque et à ses significations spirituelles et historiques. Ces Israéliens souhaitent que leur Etat abandonne le consensus national prudemment élaboré depuis 1948 comme équilibre délicat entre la perspective de la Tradition d'Israël et les techniques scientifiques, juridiques et politiques des pays d'Occident. Ce qu'ils recherchent en réalité c'est à se couper de leurs racines juives et hébraïques pour faire d'Israël une sorte d'Ersatz d'Europe chrétienne laïcisée, un modèle qui en occident même est d'ailleurs en faillite.... Cette approche qui est surtout celle de la nouvelle bourgeoisie née de la forte croissance économique d'Israël, et qui s'intitule elle-même : "la gauche", contribue par un pacifisme fanatique et suicidaire à la confusion générale en mettant à l'épreuve la détermination du peuple d'Israël .

On voit que se sont coalisées en notre temps des forces immenses, qui bien sûr, selon une technique déjà ancienne, utilisent certains Juifs contre l'identité d'Israël. Leur puissance est telle qu'elles croient pouvoir nier le réel.

Car la réalité de Jérusalem c'est que depuis trente ans que la ville entière a été libérée, les Lieux Saints sont enfin accessibles librement et pleinement pour les fidèles de toutes les religions et les libres penseurs.
Jamais depuis, depuis l'an 70, et jusqu’à sa libération en juin 1967, Les Juifs n'avaient pu approcher le Mont du Temple, le lieu le plus saint de la terre pour le Judaïsme.

La réalité de Jérusalem c'est aussi le fait que les mosquées construites par les Musulmans sur le Mont du Temple, pour, de leur aveu même, "empêcher plus sûrement la reconstruction du Temple des Juifs", qui est le voeu le plus cher de la civilisation d'Israël, non seulement n'ont pas été détruites après la victoire militaire mais en outre, par un geste de libéralisme qu’on peut estimer demesuré vu ses résultats actuels, ont vu leur administration confiée aux autorités religieuses musulmanes.

Il n'est pas inutile de rappeler aussi que jusqu'en 1967, les Chrétiens étaient loin de pouvoir accéder à tous leurs Lieux Saints, tandis qu'aujourd'hui ils accèdent librement partout.
La réalité de Jérusalem c'est aussi un développement sans précédent, des quartiers surgis de la rocaille, des immeubles de pierre où demeurent des hommes , des femmes et des enfants vivants et concrets.

La réalité de Jérusalem, c'est que cette ville est la capitale politique, administrative et intellectuelle d'un Etat dynamique qui a développé en quelques décennies une contrée aride en une campagne féconde, en forêts verdoyantes, en réseaux routiers, en zones d'activité, en réseaux hospitaliers, en Universités.

La réalité de Jérusalem c'est une recherche inlassable de la paix avec les Etats voisins qui a commencé par la défense du pays contre leurs attaques meurtrières, dont cinq guerres majeures incluant la volonté d'anihilation.

La réalité de Jérusalem, c'est la main tendue aux Arabes palestiniens au prix de risques sécuritaires incommensurables qui ne sont payés de retour que par les crachats et le mépris dans les discours d'Arafat en Arabe, la violation systématique des accords d'Oslo, l'abri donné aux terroristes, les simulacres de procès, les vols massifs de véhicules, de cheptel, de matériel agricole, la constitution de stocks d'armes et de munitions interdites par les accords, les tirs et les provocations contre les citoyens israéliens civils et militaires, les enlèvements, les coups de poignard...

Le quartier d' Har Homa sera construit. Israël ne deviendra pas un fief dont Arafat serait le suzerain. La complicité de l'Occident et des pays de la sphère islamique dans les tentatives de dépecage de l'Etat d'Israël est aujourdhui assez patente pour avoir réveillé les Israéliens les plus aliénés.

Il n'est jamais sain de pousser dans ses derniers retranchements un Etat petit, certes, mais qui est aussi une puissance spatiale qui possède des potentialités défensives de haute technologie. Et il n'y aura pas de nouvelle Choa. Cela aussi est la réalité de Jérusalem.

Le chemin est encore long sur la voie d'une paix réelle. L'enseignement du regretté Rabbin Léon ASKENAZI affirme qu'une relecture du Nouveau Testament à l'aide des schèmes de pensée de la tradition juive tels qu'ils existaient à l'époque de la fondation du Christianisme "garantirait la dignité et la cohérence du Christianisme comme religion des Nations reliée à la prophétie hébraïque". Il y a là une direction de recherche à notre avis incontournable pour désamorçer les bombes qui minent encore le chemin.
Des conversations privées, sans témoins, dont la proximité avec les Palestiniens donne parfois l'occasion, montrent que le dialogue théologique avec l'Islam pourrait s'engager plus rapidement qu'il n'y parait et porter ses fruits de reconnaissance réciproque authentique.

L’hallali contre Israël à l'O.N.U et dans les médias de l'Occident n' a aucune chance de servir la cause de la Paix, bien au contraire. Jérusalem restera ouverte à tous , sous la bannière d'Israël.

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