13.08.2009
Un monde apaisé?
par Léon Rozenbaum
Il y a déjà longtemps qu'à été décrite et dénoncée la tentative de l'Occident chrétien et de l'Islam, chacun à sa manière, de s'approprier l'identité d'Israël comme peuple de D.ieu, tous deux souhaitant et agissant pour reléguer les Juifs vivants, consciemment ou non, dans un temps dépassé, voire en dehors de l'Histoire et même du monde. Par conséquent, le rétablissement, il y a soixante et un ans, de la souveraineté du Peuple Juif dans la patrie historique de ses ancêtres, la Terre d'Israël, où s'était forgée pendant plus d'un millénaire, son identité nationale, religieuse et culturelle constitue pour ces deux civilisations un véritable "scandale".
Or, plus les principes déclarés de l'Occident moderne tels le droit des peuples à disposer d'eux mêmes, l'anticolonialisme, et le respect de la personnalité nationale et culturelle de tous les peuples entrent en conflit avec la mise en œuvre de ces mêmes principes lorsqu'il s'agit du Peuple Juif, et plus les conduites irrationnelles font irruption dans l'univers politique et médiatique à propos de ce qu'il est convenu d'appeler le "Proche-Orient".
On aurait pu croire que les délires de trop nombreux chrétiens, et de trop nombreux musulmans pour tout ce qui touche à l'Etat d'Israël depuis le rétablissement en 1948 de la souveraineté hébraïque iraient en décroissant face à la réalité concrète d'un peuple en plein rétablissement et dont les performances culturelles, scientifiques, médicales, agricoles, industrielles et de défense nationale, sont incontestables. Or, contre toute attente, c'est le contraire qui se produit. Plus les Juifs prouvent leur aptitude à participer et dans certains domaines, à diriger les progrès de la civilisation humaine, et plus ils attisent contre eux de haines, de fureur, de calomnies et de mensonges !
Comme, par ailleurs, la génération actuelle de Juifs est celle qui suit immédiatement celle de la Shoah, le massacre d'un tiers du peuple juif dans l'Europe humaniste du vingtième siècle, ils ne peuvent pas ne pas prendre très au sérieux les menaces de destruction explicites proférées contre leur indépendance et contre leurs personnes.
Ceux qui recherchent des solutions pour encourager l’humanité dans son ensemble à se diriger progressivement vers un monde apaisé ne peuvent pas ne pas prendre en compte les phénomènes majeurs de notre époque : l’émergence de certains pays d’Asie du Sud-est, la révolution informatique, la montée en puissance de l’Islam et l’effondrement démographique de l’Occident chrétien.
Derrière le paysage de ces événements qui se déploient sur trois décades au moins, se déroule une véritable prise d’assaut de l’Occident par l’Islam. De puissantes minorités musulmanes se sont constituées partout en Europe et aux USA, elles croissent rapidement et se considèrent, sans gène aucune, comme les têtes de pont des pays islamiques qui pour l’essentiel, constituent des autocraties rétrogrades le plus souvent dures et parfois, au mieux, teintées de libéralisme.
L’invention de puissants explosifs relativement faciles à se procurer, la capacité d’attaquer et de tuer de très nombreuses personnes avec des moyens relativement limités par des attaques aériennes, des explosifs, des gaz ou des empoisonnements rendent les Etats les plus développés beaucoup plus vulnérables qu’il ne l’étaient jusqu’à la fin du vingtième siècle. C’est précisément ces moyens qui sont mis en œuvre par les nébuleuses islamistes pour accélérer ce qu’elles considèrent comme la légitime soumission du monde à leur conception du divin.
On aurait pu penser que l’Occident ainsi attaqué et déjà en partie soumis, se serait ressaisi autour de ses valeurs phares comme les libertés de pensée, de religion, d’association, d’expression, la démocratie, le statut égalitaire de la femme, etc.… Mais tout se passe comme si, au contraire, les culpabilités occidentales très réelles des périodes antérieures anesthésiaient la pensée occidentale, devenue parodie d’elle-même en tant que « pensée unique » et entrainaient même de vastes secteurs de l’Occident dans une véritable collaboration à sa propre destruction.
Pire, peut-être, de puissants courants en Occident tentent de quémander les bonnes grâces de l’Islam conquérant en acceptant la diabolisation des Juifs et d’Israël devenue la bouteille à l’encre de l’Islam contemporain.
Cette pseudo politique du bouc émissaire n’a pourtant jamais réussi dans l’Histoire et s’est toujours terminée par des catastrophes.
La récente visite du Pape en Israël et surtout ses déclarations dans l’Autonomie Palestinienne par lesquelles il avait affirmé que les Palestiniens arabes « devaient disposer de frontières sûres et reconnues sur la terre de leurs ancêtres » renouent dramatiquement avec l’usurpation de l’identité d’Israël en lui substituant une identité « palestinienne » sans aucune consistance historique autre que la fabrication dont le KGB avait le secret. Il faut comprendre que la recherche de « frontières sûres et reconnues » a été durant les années 80 et 90 l’une des revendications les plus constantes d’Israël et de ses alliés. Que le pape évoque, probablement inconsciemment, cette exigence en faveur des Palestiniens arabes dont aucun ancêtre n’habitait la Terre des Hébreux, signe malheureusement cette tentative dramatique de transfert de légitimité.
Dans ce contexte, Israël devrait refuser en bloc toutes les atteintes à sa souveraineté, à sa capitale réunifiée, à ses droits inaliénables sur sa patrie historique entre le Jourdain et la mer. Même ainsi, Israël demeure un pays minuscule et menacé qui a le droit de prendre toutes les mesures nécessaires à la sécurité de ses citoyens. Tout arrangement avec les Arabes palestiniens pourra se faire dans le cadre de la souveraineté d’Israël sur toute Eretz-Israël occidentale, l’abandon de la fiction de la transmission héréditaire de la qualité de «réfugié» la cessation du mensonge de la survie intégrale des réfugiés palestiniens depuis 1948 (phénomène biologique surprenant qui permet toutefois d’émarger au budget de l’UNWRA sur fonds internationaux !) et sur une prise de responsabilité des Pays arabes d’intégrer décemment tous les citoyens résidant sur leur territoire.
Le paradoxe de la situation est qu’Israël, sans le vouloir, et parce qu’il n’a pas le choix, est le point nodal de la résistance à l’autocratie musulmane. Il faudrait que l’Occident prenne conscience de sa véritable situation, se libère de la tentation pernicieuse d’incriminer Israël à l’unisson de l’Islam pour créer une fausse solidarité avec ce monde liberticide et sache fixer des limites aux ambitions islamiques. La paix n’a jamais émergé de la faiblesse et de l’abandon de soi.
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