03.05.2009
Le Pape Benoît XVI en Israël: quel sens, quelles perspectives?
par Léon Rozenbaum
Un abîme sépare la visite en Israël du Pape Jean-Paul II de celle de du Pape Benoît XVI, seulement neuf ans plus tard, du moins du point de vue de la situation de l'Eglise. En effet, la civilisation occidentale, essentiellement chrétienne, se trouve confrontée à un assaut massif, tous azimuts, de l'Islam. Dans une certaine mesure, la problématique des relations entre Israël et la Chrétienté, fort importante pour les deux parties, n'est pas nécessairement ce qu'il y a de plus urgent à régler, même Israël peut en convenir. Et pourtant…une vraie clarification entre Juifs et Chrétiens qui constaterait que ces deux civilisations ont en commun, à la différence de l'Islam, d'assurer une place légitime à la liberté de l'homme dans sa relation au Tout-puissant, serait certainement bénéfique.
Il est clair que le refus des Occidentaux de regarder en face la réalité de l'offensive islamique depuis une trentaine d'années n'a fait qu'aggraver la situation.
Le trop fameux "dialogue euro arabe" né du chantage au pétrole après la guerre de Kippour a été un cheval de Troie qui a officialisé l'entrée massive d'une vaste population musulmane en Europe, sans obligation pour elle de s'adapter aux us et coutumes comme aux valeurs de la civilisation européenne. Des millions de musulmans peuplent aujourd'hui l'Europe, rompant des équilibres de puissance datant de plusieurs siècles avec un monde musulman, largement liberticide, au profit de ce dernier. Mais en outre, la Chrétienté se trouve désertée par ses propres troupes, les Européens de souche, que le matérialisme effréné a profondément désorientés et dont un nombre non négligeable, en recherche de spiritualité, se convertit à l' Islam.
Or, face à cette situation préoccupante du point de vue de l'Eglise, outre la crise des vocations de prêtres et le recul massif de la pratique religieuse, Benoît XVI se révèle être tout sauf un politique. Homme d'étude et de savoir, le Pape se crispe dans une réaction de défense sur une attitude de relatif "retour aux sources", réhabilitant la messe en latin, réintégrant les dissidents au conservatisme absolu, condamnant la contraception et l'avortement même dans les cas les plus dramatiques de viol ou d'inceste. Ce faisant, il s'aliène encore un peu plus ses propres fidèles dont beaucoup ne se sentent pas capables de combler le fossé entre leurs valeurs actuelles et celles que la réaction vaticane leur réaffirme comme modèle.
Cette situation n'est pas sans incidence sur les relations judéo-chrétiennes puisque la messe en latin reprend des passages clairement antisémites et puisque les ultras conservateurs récemment réintégrés dans l'Eglise, sont aussi très souvent des négationnistes de la Shoah.
Certes d'immenses progrès principiels ont été accomplis depuis le Concile Vatican II dans les relations entre Israël et l'Eglise et Benoît XVI, en qualifiant Israël, au début de son pontificat, de "frère aîné" n'a pas démenti cette tendance. Mais chacun sait qu'il reste beaucoup à faire sur le terrain concret et la complaisance si massive des Européens pour la propagande arabe mensongère, la sacralisation des "victimes palestiniennes", l'insensibilité aux souffrances des Israéliens , la surdité à leur point de vue, la remise en cause de la légitimité de l'Etat d'Israël et la déshumanisation des Juifs ne peuvent pas ne pas être vécues du côté d'Israël comme des rémanences d'une théologie chrétienne ancrée profondément dans l'inconscient collectif de l'Occident. qui doivent être résolument combattues au plus haut niveau par l'Eglise sous peine de complicité dans la préparation d'une tentative de nouvelle Shoah.
En dernière analyse, toutes les manœuvres de délégitimation de l'Etat d'Israël, de dépecer son si modeste territoire, patrie historique du Peuple d'Israël, pour l'affaiblir et espérer de n'en faire qu'une "parenthèse" historique, les tentatives de remise en cause de la libération de Jérusalem comme capitale d'Israël, d'attaque contre la foi juive, contre le caractère révélé de la Thora par la soi-disant "critique biblique" et contre le Talmud, ont en Occident une source commune: l'essai d'usurpation d'identité d'Israël par la Chrétienté qui s'était pendant des siècles autoproclamée le "véritable Israël". La découverte progressive mais irréversible par l'Occident de la légitimité absolue des Juifs comme étant l'Israël dont parle la Bible, ne pouvait pas ne pas générer chez les Chrétiens un traumatisme très réel.
Face à ce choc, deux attitudes de la Chrétienté sont théoriquement possibles: soit le refus "magique" , la négation explicite ou implicite qui peut prendre une infinité de formes y compris la substitution à l'identité d'Israël d'une identité "palestinienne" qui continuerait, par procuration, l'usurpation séculaire. Soit, d'autre part, la volonté sincère de rompre avec un catéchisme trouble dont les effets pervers ont culminé dans la catastrophe de la Shoah, et qui pourrait s'inspirer de l'enseignement du regretté Rabbin Léon ASKENAZI pour qui "une relecture du Nouveau Testament à l'aide des schèmes de pensée de la Tradition Juive tels qu'ils existaient à l'époque de la fondation du Christianisme, garantirait la dignité et la cohérence du Christianisme comme religion des Nations reliée à la Prophétie hébraïque".
D'un côté la catastrophe des ambiguïtés mortifères et notamment celle qui consiste à croire que l'Occident peut acheter sa tranquillité face à l'Islam en lui sacrifiant Israël et les Juifs et de l'autre, le long et difficile chemin des retrouvailles dans la vérité où chacun s'assume pour ce qu'il est sans acrimonie et sans faux semblants.
Benoît XVI n'a certainement pas eu tort de prendre ses distances par rapport à l'Islam. Mais il n'a pas nécessairement compris les changements intervenus dans les rapports de force. Sa visite au Proche Orient sera très dure. Les Islamistes de Jordanie l'attendent. Et le million d'Arabes Israéliens aussi. En Israël, il sera protégé.
Nul n'ignore les menaces explicites lancées contre Israël par Ahmedinajad qui dirige un Etat musulman vaste, peuplé et puissant, ni les soutiens dont il dispose dans le monde islamique. L'intérêt bien compris du Chef de l'Eglise catholique est d'établir au plus vite et sans fard un véritable front commun avec Israël pour défendre au minimum les valeurs qui nous sont communes telles que le concept de liberté individuelle, celui des droits de la femme, celui de la démocratie et la condamnation des traitements inhumains et dégradants comme les mutilations pénales.
C'est le moment pour le Pape de sortir des palais romains pour comprendre la gravité de l'heure et de jeter tout son poids moral et politique dans la balance sans plus céder à la tentation de l'ambiguïté.
Léon ROZENBAUM
Avocat à Jérusalem
Président d'honneur de l'association des immigrants de France
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